Je voudrais livrer mes tripes, là-bas, sur la place publique, mais non, il ne faut pas, je vais regretter, pas mon genre.
Pourtant, pourtant, lui faire comprendre, lui faire savoir, que non, je ne suis pas comme ça, pas tout le temps, rarement, et si souvent, bon sang, je suis ridicule, de bout en bout, mais que faire, lui prendre la main ? non, trop peur, de me tromper, de le blesser, à fleur de peau qu’il est, à fleur de nerf qu’on est, et encore une illusion, un peu folle, ca ne rime à rien, demain il sera parti, et je resterai là, sur le quai, mais pas à coté, et lui si loin, loin, et moi si vide, vide, rien à offrir, tout à prendre, tous à perdre…
Et si on disait que c’était un faux départ ?
Difficile d’entrer dans le jeu quand on sait déjà “tout”, tout en ne sachant “rien”. Crainte d’appuyer sur la mauvaise plaie, on aligne les sourires et les acquiescements. Silence certain, non-gêné incertain, on glisse un mot, comme on tend une perche, peine perdue, je ne pense à rien, non vraiment, sérieusement, mon dieu, mais de quoi ai-je l’air ? hop une gorgée, hop une bouffée, osciller de la tête, osciller du pied, entrer dans le rythme primitif, envoûtant, oublier sa présence, oublier mon néant.
J’ai rêvé de cette ville-mirage, de ses rues, de son ciel, de ses gens, de ses immeubles, de ses temples, de sa pluie. Je respirais, tu disparaissais.
Envie d’ailleurs ? oh oui souvent, tu sais, mais pas facile, tu sais aussi, tout quitter, recommencer, croire, puis pleurer, encore et toujours. On est bien, là, non ? Pas besoin de plus, ou si, peut-être, quelques mots, comme ça, en vrai, sans critérium, et puis peut-être aussi, un regard, droit devant, pas de biais, en attendant, …
Tu viens ? on va jouer avec le destin !
