Elevation
Les portes de l’ascenseur s’ouvrent.
J’entre et j’appuie sur le bouton de l’étage.
Un homme monte après moi. Il est grand et mince, les cheveux coupés courts.
Il me parle. Non il se parle. Non il parle à quelqu’un d’autre, un correspondant imaginé dans une oreillette improbable.
Il parle tout en se regardant dans le miroir qui tapisse le fond de la cage.
Il s’aperçoit que je l’observe et me fait un clin d’oeil.
Je lui réponds par un maigre sourire.
Les portes de l’ascenseur s’ouvrent.
C’est là que je descends. Mais je ne bouge pas.
Bon sang mais qu’est ce qu’il t’arrive, tu ne peux pas avoir fait tout ce chemin pour échouer là, lamentablement, à deux pas de sa porte, non, ce n’est pas possible, reprends toi, tu as tout prévu, ça se passera bien !
Les portes de l’ascenseur se referment.
L’homme derrière moi s’est remis à parler. C’est à moi qu’il s’adresse. Il dit des choses comme “la vie ne fait pas de cadeaux”.
Les portes de l’ascenseur s’ouvrent.
L’homme sort et se retourne pour me faire un autre clin d’oeil.
Je suis seule dans cette boite de métal et de verre.
Je respire et j’appuie sur le bouton de l’étage.
Si tu n’y vas pas, tu vas encore rater une occasion, tu en es spécialiste, mais tu n’as rien à craindre, rien à perdre, alors pourquoi, pourquoi ce trac, ce blanc, ce vide, cette paralysie, à ce moment précis, où tu ne risque rien, où tu ne le verras même pas, non, c’est trop bête…
Je ferme les yeux.
Les portes de l’ascenseur s’ouvrent.
Je sors dans le grand hall. Beaucoup de gens passent. J’aperçois un ami qui discute avec un groupe de jeunes.
Je m’approche et tente de me joindre à la conversation. Peine perdue. Les philosophes vous grillent les neurones en trois phrases.
Je me dirige vers la sortie. Ce hall s’agrandit au fur et à mesure que je le traverse. On dirait un centre commercial.
De l’air. J’ai besoin d’air. Vite.
Les portes de l’immeuble s’ouvrent.
Dehors, il y a toujours autant de monde. Je suis fatiguée.
D’une pensée, je flotte au dessus du bitume.
Je rabats mes pieds vers l’arrière et j’avance doucement, ne voyant plus que des ombres grises à contresens.
Mais j’étouffe encore. D’une autre pensée, je m’élève le long des arêtes vitrées.
Enfin. Juste moi, le vent, le soleil.
Ah mais quelle gourde, tu as déjà oublié que plus haut tu montes et plus vite tu retomberas, la vie ne fait pas de cadeaux, souviens-toi, et en plus, espèce de truffe, tu as le vertige, aucun courage, tu es suspendue là, à 300 mètres, et tu regardes en bas, tu sais que tu vas tomber, réveille toi !
J’ouvre les yeux.
Texte : 26 décembre 2006 et 11 janvier 2007.
Photo : Hotel du Helder, Lyon, 4 juillet 2006.
