Si loin, si proche #2
Tu t’assoies sur le pouf en peau et tu te tiens droite.
Tu sais tout de suite que ça va mal se passer.
Ton intuition t’avait prévenu depuis longtemps.
Tu t’assoies un peu moins raide et détend ton corps.
Tu feras tapisserie, ce soir comme les autres soirs.
De toute façon, personne ne te parle.
Au bout d’une demi-heure, tu décroises puis recroises les jambes, le malaise ne te quitte pas.
Tu fais comme si tout allait bien et tu continues de dodeliner de la tête au rythme de la musique.
Tu soupires fortement et tu jettes un regard désespéré à ton hôte mais il ne te voit pas.
Il fait trop sombre et trop bruyant pour s’incruster dans n’importe quelle conversation.
Tu te crispes connement et la sensation s’amplifie.
Tu fermes les yeux et serres les mâchoires en prenant une décision.
Red lights, grey morning
You stumble out of a hole in the ground
Tu attrapes ton sac et ta veste, tu fais un petit signe de la main aux gars,
tu files à travers le bar longiligne et tu sors sous l’averse fraîche.
La pluie t’accueille à bras ouverts, à grands renforts de vent et d’eau.
Tu remontes la rue accrochée à ton parapluie déglingué.
Tu fonces droit devant sans regarder qui tu bouscules, mais tu t’en fous.
Tu ne penses qu’à t’éloigner avant d’exploser, vite, et loin.
Tu hais cette averse et ce froid mais tu les adores aussi.
Tu marches dans la nuit en évitant une flaque sur deux.
And if you look, you look through me
And if you talk it’s not to me
Tu rédiges dans ta tête une lettre d’insultes à toi-même, et à lui aussi.
Tu espères presque renverser quelqu’un, ou croiser une voiture.
Tu voudrais que ça sorte, mais pas par le cri ou les mots.
Non cette fois tu voudrais frapper fort. Ta tête contre un mur ou sa tête sur tes poings.
Just the bang and the clatter
As an angel hits the ground.
Le goût de la douleur, l’odeur de la foudre.
Maintenant tu sais.
