Si loin, si proche
Tu t’assois sur la chaise en bois et tu te penches.
Tu sais tout de suite que ça va mal se passer.
Un éclair aigu vient de te vriller les reins.
Tu t’assois bien droit sur la chaise et ne te penches plus.
Tu feras tapisserie, ce soir comme les autres soirs.
De toute façon, personne ne te parle.
Au bout d’une heure, tu décroises puis recroises les jambes, la douleur te fait une surprise : elle est toujours là.
Tu fais comme si tout allait bien et tu continue ta Corona. L’alcool adoucit les moeurs et les heurts, parait-il.
Au bout de deux heures, tu as envie d’aller aux toilettes.
Tu te lèves et tu déranges tout le monde.
Tu arrives au lieu d’aisance et tu sais que ça va mal se passer.
Tu essaies de t’accroupir et la douleur a décidé d’être ta meilleure amie.
Tu te crispes connement et elle n’en est que plus forte.
Tu voudrais t’agripper à quelque chose mais les murs sont désespérément lisses.
Alors tu fermes les yeux et serres le dents en attendant que ça passe.
And if you jump, you just might fall
And if you shout, I’ll only hear you
Tu reviens et tu déranges tout le monde.
Tu souris et continues ta tapisserie.
Au bout de trois heures, tu estimes qu’il est temps de prendre ta revanche.
Tu sors ta trousse à pharmacie et décachète un antalgique.
Merde. Périmé. Tant pis.
Tu te dis que c’est le bon moment pour faire diversion et prendre la fuite. Bonne excuse.
Tu te lèves et tu déranges tout le monde.
La pluie t’accueille à bras ouverts, à grands renforts de vent et d’eau.
Tu descends la rue accrochée à ton parapluie rouillé.
Tu as l’air d’une débile avec ta démarche de canard boiteux mais tu t’en fous.
Tu ne penses qu’à ce qui va te soulager, loin, à la maison.
Tu hais cette averse et ce froid mais tu les adores aussi.
You say when he hits you, you don’t mind
Because when he hurts you, you feel alive
Tu marches dans la nuit en évitant une flaque sur deux.
Tu remontes tes bas de pantalons en attrapant l’entrejambe et tu ressemble à un rappeur minable.
Tu finis par laisser aller parce que tu es quand même trempée.
Tu aimerais rester là, bêtement debout sous la pluie, mais tu te dis qu’il vaut mieux rentrer.
Tu aimerais t’asseoir dans un coin et fumer une clope acide mais tu préfères garder ta santé.
Tu te trouves décidément bien raisonnable, et tu n’auras jamais une âme de pirate.
Tu tapes ton code pour ouvrir la grille et tu te dis que tu es enfin à l’abri.
Tu réalise alors que sans chauffage, ni eau chaude ni ami, tu ne vas pas te réchauffer beaucoup.
Tu te dis que tu as une vie de merde et que tu aurais mieux faire d’être douanière.
Three o’clock in the morning
It’s quiet and there’s no one around
Tu débarques tes affaire trempées dans l’entrée et vas vers ta chambre dans le noir.
Tu ouvres ta boite à pharmacie et décachètes un relaxant.
Tu sais que dans quelques minutes tu vas voir des fontaines se dessiner devant tes yeux mais tu allumes ton ordinateur.
Tu sais que personne ne va te parler et tu te dis que c’est tant mieux car tu n’aurais dis que des conneries.
Tu voudrais pourtant que quelqu’un te parle pour pouvoir déblatérer ce qui te pèse mais le monde reste inerte.
